Ressources scientifiques

Troubles psychiatriques de la périnatalité : enjeux pour l’enfant

Dr Ouahès Hélène30 avril 2021

Généralités

Les troubles psychiques de la périnatalité présentent deux enjeux :

  1. Soigner la mère ;
  2. Prévenir la survenue de troubles du développement chez l’enfant en devenir.

Auteur : Dr Hélène Ouahès, Psychiatre au Service de Périnatalité, Unité d’Hospitalisation mère-bébé – Hôpital de Jour, Hôpital du Vésinet.

Enjeux pour l’enfant, pendant la grossesse

Comme écrit plus haut, les troubles psychiques de la femme enceinte exposent le fœtus à un risque d’hypotrophie et de prématurité. Une étude rapporte que les femmes souffrant de troubles bipolaires enceintes, non traitées pour le trouble bipolaire, ont plus de risque de complications obstétricales que celles qui sont traitées.

Cela relativise le risque iatrogène d’un traitement adapté.

Par ailleurs, il existe actuellement une science en pleine expansion : l’épigénétique. Elle étudie comment l’environnement imprime sa marque sur l’ADN et influe sur la santé.

Cela objective le lien direct entre environnement et comportement.

En France en particulier, la psychiatrie était particulièrement clivée entre ceux qui pensaient que seule la biographie et l’environnement étaient déterminants dans l’apparition des troubles psychiatriques et les autres qui ne juraient que par le patrimoine génétique. Cette science relie donc les deux conceptions.

En effet, le corps peut s’ajuster au monde extérieur en greffant des molécules méthyl sur l’ADN (méthylation), ce qui, sans changer l’ADN, ajoute une couche d’information au code génétique.

Des études ont prouvé ce qui pouvait provoquer ces changements épigénétiques (dans un mauvais sens ou un bon sens) : l’alimentation, la cigarette, le stress, un environnement social néfaste ou un environnement amical, le sport, les médicaments.

Durant toute la vie les mécanismes épigénétiques sont en action. Mais ils commencent durant la vie fœtale et cette période ainsi que la 1ère année de vie sont un moment clé dans l’apparition de modifications épigénétiques.

Certaines marques épigénétiques sont passagères, d’autres peuvent durer plus longtemps en particulier celles survenant pendant la vie fœtale.

Voici quelques exemples de liens qui ont été prouvés pendant la grossesse :

  • Les enfants dont la mère présentait une glycémie au-dessus de la normale pendant la grossesse avaient des changements épigénétiques sur les gènes en lien avec le risque de diabète, d’obésité et maladies cardio-vasculaires.
  • L’exposition à la cigarette pendant la vie prénatale est associé chez les futures adolescents à un choix alimentaire tourné vers les aliments gras.
  • Une étude canadienne a été faite sur l’exposition de mère à un stress important lors d’une tempête de verglas, vivant dans des abris temporaires pendant 2 semaines. Plus les femmes avaient vécu un stress (mesuré) important, moins le quotient intellectuel de l’enfant était élevé à 2 ans, 5 ans et 8 ans. L’IMC a aussi été affecté : à 11 ans 27% des enfants de mères ayant subi un grand stress étaient obèses par rapport à 6% de ceux dont la mère avait eu peu de stress.

Enjeux pour l’enfant, après l’accouchement

Les pathologies puerpérales de la mère sont à risque pour le développement de l’enfant.

Confronté à la défaillance de sa mère et à l’absence de tiers qui donne sens à cette situation, le bébé peut s’engager dans une série de manifestations psychomotrices qui peuvent avoir une fonction d’appel de l’entourage.

Si le bébé échoue, il se désorganise, s’épuise progressivement. Peuvent à la longue survenir un trouble du développement psychomoteur, un retard staturo-pondéral, des troubles somatiques, de la communication, des acquisitions, des pathologies psychosomatiques ou différents troubles de la personnalité.

Les études épigénétiques ont montré que les expériences traumatisantes de la petite enfance se gravaient sur les gènes du cerveau qui jouent un rôle dans la régulation de l’émotion et de la conscience de soi, augmentant ainsi les risques de dépression sévère chez ces enfants devenus adultes.

Le profil épigénétique se modifie tout au long de la vie, mais il y a des phases critiques que sont la vie fœtale et le début de l’existence.

Conclusion

La prise en charge de la femme enceinte et de son enfant à naître doit être une prise en charge globale, centrée sur la mère, l’enfant et la relation mère-enfant.

L’articulation des interventions somatiques, obstétricales, psychiatrique, psychologique individuelle, de couple et familiale, sociale, va permettre une atmosphère sécurisante et diminuer la réaction au stress, en particulier pour les mères plus vulnérables qui ont des facteurs de risque.

Les études montrent l’impact concret de l’environnement hostile ou agréable sur l’expression de certains gènes pendant la vie fœtale et la première année.

La prise en charge périnatale doit dans l’idéal être considérée pendant la grossesse et sur une année suivant l’accouchement.

Le retour à domicile doit se faire en tenant compte des relais psycho-sociaux et d’étayage, ainsi que du suivi psychiatrique pour la mère et psychologique pour l’enfant et la famille.

Crédit photos

Image par Michal Jarmoluk de Pixabay

Sources

Références bibliographiques enjeux pour l’enfant :

  • Communication d’Emmanuelle Garnier sur les études québécoises en épigénétique
  • Communication de Valérie Devillaine sur les travaux d’épigénétique de l’Université de Münster en Allemagne puliés dans The Lancet Psychiatrie en mars 2019

A lire aussi

Top
Informations Coronavirus